Les infrastructures qui rendent l’avenir possible
À retenir
- À mesure que la 5G atteint un stade de maturité et que l’intelligence artificielle (IA) transforme les opérations de réseau, les opérateurs de télécommunications, tels que Helios Towers, SBA Communications et American Tower, évoluent vers des plateformes d’infrastructure technologique à forte marge, au cœur même de la connectivité mondiale.
- Au-delà des centres urbains, l’utilisation accrue des données mobiles dans les zones rurales et les marchés émergents stimule la demande en infrastructures télécoms résilientes et à faible empreinte carbone.
Si les flux immatériels étaient visibles, le ciel scintillerait de couches de fréquences se déployant au-dessus des toits, traversant les océans et irriguant les vallées. Ces flux reposent pourtant sur des actifs bien concrets : les tours. Des centaines de milliers de sites, solidement ancrés au sol, supportent les antennes qui transmettent nos données numériques. Les infrastructures télécoms ne se limitent pas à la diffusion : elles incarnent une dynamique de capitalisation, fondée sur l’anticipation d’une croissance continue des volumes de données, du nombre de connexions et des interactions entre machines, à des cadences toujours plus élevées. Si la 5G a constitué le déclencheur, la phase d’accélération ne fait que commencer.
Couches macro : ce qui se joue réellement sous la surface de la croissance
Cette dynamique s’inscrit dans une architecture à plusieurs niveaux.
Premier facteur : le réseau lui-même est stratifié
La 5G ne constitue pas un bloc homogène, mais un ensemble de bandes de fréquences aux propriétés physiques distinctes. Les bandes basses assurent l’étendue de la couverture, les bandes intermédiaires arbitrent entre portée et capacité, tandis que les bandes hautes offrent des débits élevés sur des distances limitées. Les opérateurs déploient ces différentes couches de manière séquencée. Les tours forment la pierre angulaire de la couverture, tandis que le regroupement1 en constitue le levier économique.2 Le déploiement de ces infrastructures s’étend sur plusieurs années.
Deuxième facteur : l’intelligence artificielle redéfinit les modèles opérationnels
Derrière l’acier et de béton, les algorithmes déployés par des acteurs tels qu’American Tower et Helios Towers, optimisent la consommation énergétique, anticipent les besoins de maintenance et identifient le potentiel de commercialisation des sites grâce à des superpositions de données issues de systèmes d’information géographique (SIG) et à l’usage de jumeaux numériques. Un taux de disponibilité énergétique de 99,99 % ne constitue plus uniquement une prouesse technique : il s’agit également d’une réussite logicielle3.
Troisième facteur : la demande rurale reste sous-estimée
Sur des marchés comme les États-Unis, une majorité de la population réside dans des zones périurbaines ou rurales, où les tours macro s’avèrent incontournables4. Certaines des opportunités les plus attractives se situent ainsi dans des tours alimentées par l’énergie solaire, notamment dans des pays comme le Malawi ou Oman, plutôt que dans les seuls centres de données implantés en périphérie de New York.
Il ne s’agit plus d’un simple « déploiement de la 5G », mais bien d’une transition infrastructurelle s’inscrivant sur plusieurs décennies.
Trois entreprises, trois trajectoires évolutive et stratégique
Helios Towers : un pari à forte conviction et à fort impact
Helios Towers a su prospérer là où s’entremêlent infrastructure et impact. En 2024, le groupe a franchi le seuil des 14 000 sites et atteint un taux de regroupement de 2,05x, véritable moteur de la rentabilité du modèle. Les tours sont construites une seule fois, mais génèrent des revenus de façon récurrente : l’opérateur principal absorbe l’essentiel des coûts fixes, tandis que l’ajout d’un deuxième puis d’un troisième opérateur transforme un actif à coûts fixes en rente à forte marge. Passer d’un ratio de 1,9x à 2,05x ne relève pas d’un simple ajustement marginal ; il traduit une expansion des marges, une rentabilité des capitaux et une accélération du rendement des capitaux investis (ROIC) en temps réel. Avec une croissance annuelle de la demande pour les données mobiles estimée à environ 6 % sur ses zones d’implantation, l’augmentation du nombre d’opérateurs par tour s’inscrit dans une dynamique macroéconomique structurelle5.
Helios déploie ses infrastructures dans des zones où la couverture est limitée et où l’alimentation électrique demeure instable. Dans des pays comme la République démocratique du Congo, l’instabilité du réseau électrique fait de la disponibilité opérationnelle un enjeu logistique et technologique, reposant sur la redondance des systèmes et la capacité d’intervention en temps réel. Afin de réduire à la fois les coûts d’exploitation et l’empreinte carbone, le groupe prévoit d’investir plus de 100 millions de dollars d’ici 20306 dans des solutions hybrides associant solaire et stockage par batteries, ainsi que dans des dispositifs de supervision pilotés par algorithmes, permettant d’optimiser l’usage des générateurs et de détecter les défaillances de manière anticipée. Les tours de nouvelle génération construites par Helios présentent une empreinte carbone moindre, utilisent des matériaux plus légers et peuvent être déployées en environ deux semaines, sans avoir recours au béton ni à des engins lourds. Capables d’accueillir jusqu’à trois opérateurs, elles rendent économiquement viables des sites jusqu’alors difficiles d’accès.
Il s’agit d’un défi en matière d’infrastructures, déployées avec rigueur, comme en témoignent un ROIC d’environ 12,9 %, une génération de flux de trésorerie disponible positive et des taux de satisfaction client dépassant les 90 %7. À une époque où l’ESG peut s’avérer superficiel, Helios en a fait un levier économique structurant.
SBA Communications : le compounder discret
SBA Communications opère de manière très pointue. Les marges d’EBITDA (résultat avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) avoisinent 69 %, tandis que les marges de flux de trésorerie des infrastructures télécoms dépassent 80 %8, des niveaux rarement atteints dans des secteurs les plus capitalistiques et que même certaines sociétés technologiques peinent à égaler. La logique économique sous-jacente est déterminante : une fois la tour construite, le coût marginal lié à l’ajout d’un deuxième ou d’un troisième opérateur demeure limité. Le foncier est loué, la maintenance est planifiée et les systèmes énergétiques sont déjà mis en place. Les loyers additionnels se transforment ainsi en flux de trésorerie à forte marge. C’est cette structure qui vaut aux tours d’être souvent qualifiées de « point de rencontre entre l’immobilier et l’économie des télécommunications » : des actifs de long terme, indexés sur l’inflation et de plus en plus augmentés par la technologie.
La feuille de route de SBA Communications se caractérise par une discipline stricte : construire, louer, acquérir uniquement lorsque les opérations sont relutives en termes de ROIC, puis restituer le capital aux actionnaires. Au T1 2025 le groupe a procédé au rachat de 123 millions de dollars9 d’actions, versé des dividendes et relevé ses prévisions. Le lancement d’un programme de rachat d’actions de 1,5 milliard de dollars10 constitue un signal fort de confiance dans la génération de trésorerie future, tout en préservant une flexibilité financière significative. L’expansion internationale, notamment via des opérations liées à Millicom, introduit un surcroît de risque, compensé toutefois par la rigueur des opérations aux États-Unis. Si Helios représente le pari audacieux, SBA incarne la maîtrise bilancielle.
American Tower : bâtir l’infrastructure pour la phase d’Internet à venir
American Tower constitue la plateforme de référence, avec environ 149 000 actifs répartis dans 22 pays11. Grâce à CoreSite, le groupe occupe une place stratégique au cœur de l’informatique en périphérie, reliant les tours macro aux centres de données cloud et se positionnant non seulement sur les flux de données, mais aussi sur leurs points de terminaison. En 2024, American Tower a généré 9,9 milliards de dollars12 de revenus immobiliers, issus principalement de la location de tours, de toits-terrasses et de centres de données auprès d’opérateurs télécoms et de sociétés technologiques.
L’essentiel réside toutefois dans ce qui subsiste après les investissements. L’AFFO par action (flux de trésorerie ajusté provenant des activités d’exploitation), indicateur clé des flux de trésorerie récurrents et distribuables, a progressé de près de 7 %13 sur un an. Il constitue la base du rendement actionnarial, du réinvestissement et du désendettement. Au cours de la dernière décennie, American Tower a consolidé un modèle résilient : construire des tours, louer des emplacements, reproduire le schéma. À cette base, le groupe a progressivement intégré de nouveaux relais de croissance : centres de données cloud, processus liés à l’IA, réseaux à faible latence destinés à la réalité virtuelle et augmentée, ainsi que les infrastructures nécessaires aux systèmes autonomes. American Tower ne poursuit pas des effets de mode ; il bâtit l’architecture infrastructurelle indispensable à ces tendances de fond.
Si Helios incarne l’enjeu en matière de croissance et SBA la machine à marges, American Tower est la plateforme de référence.
Là où le ciel rejoint le signal
Pendant des décennies, on connaissait les télécommunications à travers les tours d’acier, la structure invisible de la vie numérique, d’un appel FaceTime à Austin à une confirmation de paiement à Accra. Désormais, les satellites s’intègrent à cette architecture. Face à l’explosion des besoins en données et à la mondialisation des exigences en matière de connectivité, le secteur évolue vers une stratégie « ciel + terre » : les tours macro et les constellations orbitales agissent comme des multiplicateurs de force complémentaires.
Cette convergence n’a rien de théorique. American Tower et SBA Communications densifient les réseaux 5G via le regroupement physique et la superposition des bandes de fréquences, tout en explorant l’informatique en périphérie et des modèles hybrides. De son côté, Iridium exploite un maillage de 66 satellites en orbite basse et dessert environ 2,5 millions de terminaux dans les secteurs de l’aviation, du maritime, des administrations publiques et de l’industrie. Son initiative iridium Non-Terrestrial Network Direct vise à intégrer la messagerie satellitaire directement aux processeurs 5G standards, afin de rendre la connectivité par satellite aussi fluide que la connectivité cellulaire14.
Globalstar : l’hybride terrestre-satellitaire en démonstration. Son spectre Band n53 couvre environ un milliard de POP15 répartis dans 12 pays, en complément d’une nouvelle constellation satellitaire et du système XCOM RAN, un réseau 5G privé destiné à l’automatisation industrielle et à la logistique. La stratégie privilégie la location plutôt que la construction d’infrastructures, permettant de générer des revenus récurrents. Avec environ 85 %16 de sa capacité réservée à un partenaire mondial unique de téléphonie mobile, le satellite ne constitue plus une solution de secours, mais devient un composant essentiel de l’architecture de connectivité.
Conclusion : détenir les infrastructures revêt une importance accrue
À l’ère des applications, de l’IA et du streaming, il est facile d’oublier la réalité physique qui sous-tend l’ensemble de l’écosystème numérique. Quelqu’un doit détenir le foncier, l’acier et l’énergie, et garantir le fonctionnement du signal en continu, de Paris à Pretoria. Les opérateurs de tours évoluent d’un rôle de percepteurs de loyers vers celui d’orchestrateurs d’infrastructures. À mesure que les besoins en données s’intensifient, que le spectre se densifie et que l’IA reconfigure la gestion des réseaux, les acteurs détenant les tours les mieux positionnées stratégiquement ne se contenteront pas de suivre la cadence : ils pourraient bien l’imposer. Dans cette allocation d’actifs, les satellites ont désormais toute leur place.
Pour les investisseurs souhaitant s’exposer de manière diversifiée à ces mutations structurelles, le WisdomTree New Economy Real Estate UCITS ETF (WTRE) propose un portefeuille dans lequel les entreprises spécialisées dans les tours et les satellites représentent environ 25 % à 30 % de la pondération. Cette architecture vise à capter la dynamique de capitalisation à long terme des réseaux qui transmettent nos données numériques.
1Le regroupement désigne la capacité d’une même tour à accueillir plusieurs opérateurs, chacun s’acquittant de redevances pour l’hébergement de ses équipements.
2« Déploiement de la 5G et des technologies américaines : au 31/12/2024 » [présentation investisseurs], American Tower Corporation, 2025. https://www.americantower.com/investor-relations
3Source : « Rapport annuel et états financiers 2024 », Helios Towers plc, 2025. https://www.heliostowers.com/investors
4Source : « Déploiement de la 5G et des technologies américaines : au 31/12/2024 » [présentation investisseurs], American Tower Corporation, 2025. https://www.americantower.com/investor-relations
5Source : « Rapport annuel et états financiers 2024 », Helios Towers plc, 2025. https://www.heliostowers.com/investors
6Source : « Rapport annuel et états financiers 2024 », Helios Towers plc, 2025. Donnée extraite du site https://www.heliostowers.com/investors
7Source : « Rapport annuel et états financiers 2024 », Helios Towers plc, 2025. Donnée extraite du site https://www.heliostowers.com/investors
8Source : « Données financières supplémentaires du T1 2025 », SBA Communications Corporation, 28/04/2025.
https://www.sbasite.com/investor-relations
9Source : « États financiers et publication des résultats du T1 2025 » [communiqué de presse], SBA Communications Corporation, 28/04/2025. https://www.sbasite.com/investor-relations
10Source : « États financiers et publication des résultats du T1 2025 » [communiqué de presse], SBA Communications Corporation, 28/04/2025. https://www.sbasite.com/investor-relations
11Source : « Données financières et opérationnelles du T4 2024 » [présentation investisseurs], American Tower Corporation, 2025. https://www.americantower.com/investor-relations
12Source : « Données financières et opérationnelles du T4 2024 » [présentation investisseurs], American Tower Corporation, 2025. https://www.americantower.com/investor-relations
13Source : « Données financières et opérationnelles du T4 2024 » [présentation investisseurs], American Tower Corporation, 2025. https://www.americantower.com/investor-relations
14Source : « Rapport annuel 2024 », Iridium Communications Inc., 2025. https://www.iridium.com
15Désigne les « points of presence » : lorsqu’une entreprise indique couvrir un milliard de POP, cela signifie que son réseau (terrestre, satellitaire ou hybride) dispose de la capacité technique pour atteindre un milliard de personnes au sein de sa zone de couverture réglementaire ou opérationnelle.
16Source : « Présentation lors de la Journée de l’investissement » [Diapositives de la présentation], Globalstar, Inc., 12/12/2024.