Comment construire un portefeuille multi‑thématique conçu pour capter les Amazon de demain
À retenir
- En thématique, le véritable risque est de passer à côté du gagnant : les rendements sont asymétriques, et la profondeur au sein de chaque thème est essentielle pour la performance à long terme.
- Les approches multi‑thématiques bottom‑up sont souvent peu thématiques : elles dérivent vers une surexposition aux méga-capitalisations, des expositions diluées et des concentrations cachées, laissant les investisseurs incertains de ce qu’ils détiennent réellement.
- Le top‑down rend le multi‑thématique réellement investissable : une sélection intentionnelle des thèmes, une allocation claire et des compartiments pure play permettent des portefeuilles plus lisibles et des ajustements tactiques plus pertinents.
Le débat entre approches top‑down et bottom‑up est aussi ancien que le concept de gestion d’actifs. Mais dans les portefeuilles multi‑thématiques, les arbitrages sont particulièrement marqués.
Après des années de recherche, nous avons développé notre propre philosophie d’investissement thématique. Nous pensons qu’un cadre top‑down, fondé d’abord sur la sélection et la pondération des thèmes, puis sur la construction de compartiments pure play et diversifiés, est plus à même de fournir ce que les investisseurs attendent réellement d’une stratégie multi‑thématique :
- une exposition intentionnelle à la croissance structurelle et aux sociétés exponentielles
- une diversification réelle entre les thèmes
- une allocation thématique claire, pilotable à la fois de manière stratégique et tactique
Cette philosophie repose sur un constat empirique clé : les rendements actions sont fortement asymétriques. Aux États‑Unis comme ailleurs, une très faible minorité de titres a historiquement généré l’essentiel de la création de richesse à long terme1. Cet effet de forte concentration des performances explique pourquoi les portefeuilles multi‑thématiques doivent être construits avec une grande rigueur. Pour capter la croissance thématique, l’objectif n’est pas d’éviter tous les perdants, mais de s’assurer de détenir les gagnants qui définiront chaque thème.
Pourquoi l’approche bottom‑up atteint ses limites dans les portefeuilles multi‑thématiques
Les approches bottom‑up cherchent d’abord à sélectionner des sociétés, puis à construire le portefeuille autour d’elles. Dans l’univers thématique, cela se traduit généralement par :
- sélectionner de très grandes sociétés diversifiées qui prétendent couvrir de nombreux thèmes, mais qui, en réalité, n’y sont que faiblement exposées
- ou tenter d’identifier trop tôt les futurs gagnants d’un thème, au risque de passer à côté de l’acteur inattendu qui s’imposera
En pratique, cela conduit souvent à quatre écueils récurrents :
1. Une sur‑concentration (souvent présentée comme de la conviction)
En Europe, les stratégies thématiques diversifiées (c’est‑à‑dire les fonds multi‑thématiques) détiennent en moyenne environ 90 titres (voir Figure 1). Ce chiffre peut sembler élevé, mais il implique qu’un gérant exposé à 10 thèmes ne détient qu’environ 9 titres par thème. Le portefeuille finit alors par s’appuyer sur les mêmes grandes sociétés généralistes ou par être trop sélectif trop tôt, en tentant d’identifier les gagnants alors que le champ reste très ouvert..
Figure 1 : Nombre moyen de titres dans les fonds et ETF thématiques en Europe

Source : WisdomTree, Morningstar au 31 décembre 2025. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et tout investissement peut perdre de la valeur.
2. Confondre investissement thématique et investissement multi‑facteurs
Un portefeuille bottom‑up privilégie souvent les sociétés aux expositions multiples, comme si l’objectif était de trouver des sociétés diversifiées présentes sur de nombreuses tendances. À bien des égards, leur construction rappelle celle des portefeuilles multi‑facteurs, où l’objectif est d’identifier des titres présentant des caractéristiques favorables sur l’ensemble des facteurs. Mais en thématique, l’objectif n’est pas de rechercher une exposition diversifiée, mais une exposition pertinente.
Lorsque les portefeuilles dérivent vers des généralistes (de grandes sociétés présentes dans tous les secteurs), ils diluent l’exposition précise que les investisseurs recherchaient. Le résultat est un portefeuille qui paraît thématique dans le discours, mais qui dans les faits s’apparente à un Nasdaq‑100 déguisé.
3. Ignorer l’asymétrie extrême des rendements thématiques : manquer les grands gagnants coûte bien plus cher que détenir quelques perdants
C’est l’élément le plus sous‑estimé. Prenons un exemple historique simple issu de l’ère Internet. Un panier équipondéré des dix plus grandes valeurs Internet fin 1998 (qui comprenait pourtant de nombreux échecs) a tout de même généré de solides performances à long terme, principalement parce qu’il contenait les gagnants dominants.
Mais en passant à un portefeuille plus concentré, composé de seulement cinq de ces titres, le résultat dépend fortement du fait d’avoir détenu — ou non — le gagnant ultime. Dans l’analyse, tous les portefeuilles de cinq titres incluant Amazon ont surperformé le marché ; aucun portefeuille gagnant ne l’a fait sans Amazon.
Telle est la réalité des stratégies thématiques : on peut choisir le bon thème et échouer malgré tout si l’on passe à côté des sociétés qui en portent la performance. Les portefeuilles multi‑thématiques bottom‑up accentuent mécaniquement ce risque, car ils sélectionnent trop peu de titres dans chaque thème.
4. Un manque de clarté : à quoi suis‑je réellement exposé ?
Un portefeuille multi‑thématique doit répondre clairement à deux questions :
- Quels thèmes je détiens, et avec quelles pondérations ?
- Quels titres expriment chaque thème, et pourquoi ?
Les portefeuilles construits selon une approche bottom‑up peinent souvent sur ces deux plans, car l’exposition thématique apparaît a posteriori comme une étiquette, plutôt que comme le résultat d’une allocation intentionnelle. Il en résulte une transparence limitée et une intentionnalité faible, notamment lorsque les mêmes méga-capitalisations se retrouvent dans plusieurs thèmes.
Un bon exemple est la domination de certaines valeurs technologiques « incontournables » dans les portefeuilles thématiques. Cela conduit les stratégies multi‑thématiques à se transformer en bêta technologique concentré.
Une approche top‑down change complètement la donne
Un portefeuille multi‑thématique top‑down part d’un principe différent : il est plus facile d’avoir une conviction défendable sur les thèmes qui compteront à long terme que de prédire quelle société dominera chacun d’eux.
L’idée est d’abord de sélectionner les thèmes et leurs pondérations, puis de construire pour chacun un compartiment composé de titres hautement pertinents. Cela crée quatre avantages majeurs pour les investisseurs thématiques top‑down :
1. Les thèmes comme boussole de la croissance structurelle
L’approche top‑down ne prétend pas apporter de certitude. Elle vise à augmenter la probabilité d’être positionné sur les bons segments pour la prochaine décennie, en reconnaissant que le leadership évolue et que les méga‑capitalisations d’aujourd’hui ne sont que rarement celles de demain.
La thématique est une manière prospective d’organiser les actions : les thèmes relient les moteurs structurels, comme la technologie, la régulation ou les changements sociétaux à la construction du portefeuille. En sélectionnant d’abord les thématiques, nous cherchons à réduire le champ de la sélection de titres en nous concentrant sur les segments du marché susceptibles de capter davantage de croissance.
2. Une meilleure diversification
L’un des atouts majeurs du multi‑thématique est la diversification entre les thèmes. Les thèmes sont souvent portés par des catalyseurs différents, des phases d’adoption distinctes et des flux d’actualités spécifiques, ce qui peut réduire les corrélations entre eux.
Une construction top‑down permet de sélectionner explicitement un ensemble de thématiques différenciées (en évitant les redondances) et d’allouer à ces thématiques de manière à maximiser les effets de diversification.
3. Une construction de portefeuille claire et la possibilité d’être tactique
Une fois les pondérations thématiques maîtrisées, il devient possible de :
- gérer le mix thématique stratégique (la couche de conviction à long terme)
- ajouter des ajustements tactiques lorsque les vents porteurs d’un thème se renforcent ou s’atténuent
Ce n’est pas purement une approche tactique de court terme. C’est reconnaître que les thèmes évoluent par vagues et sont influencés par des catalyseurs (innovations, régulation, points d’inflexion dans l’adoption). C’est l’un des grands avantages du top‑down, car cela n’est pas faisable avec une approche bottom-up.
4. Une sélection de titres plus disciplinée
Le top‑down ne signifie pas acheter tout ce qui touche au thème. Cela signifie construire, pour chaque thématique retenue, un panier diversifié, fondé sur l’expertise, composé de sociétés pure play, suffisamment large pour augmenter les chances de détenir les futurs gagnants, mais suffisamment discipliné pour rester investissable et différencié.
C’est un point essentiel dans un marché dominé par quelques acteurs majeurs : les investisseurs veulent une largeur suffisante pour éviter l’erreur fatale de passer à côté du prochain Amazon, tout en concentrant l’exposition du portefeuille sur la partie pertinente du marché.
WisdomTree Megatrends UCITS ETF (WMGT) propose une approche top‑down distinctive pour allouer entre les thèmes. Cet ETF s’appuie sur trois étapes successives pour construire un portefeuille conçu pour capter les évolutions de l’univers thématique :
- Allocation stratégique thématique : Nous partons des thèmes et, chaque année, ils sont sélectionnés selon notre conviction et leur potentiel de diversification.
- Allocation tactique : Réalisé chaque trimestre, ce processus ajuste les pondérations thématiques pour aligner le portefeuille sur les conditions de marché, en tirant parti des phases d’optimisme comme de prudence propres à chaque thème.
- Sélection des titres : Au sein de chaque thème, le processus de sélection de titres s’appuie sur la philosophie d’investissement thématique de WisdomTree, mettant l’accent sur l’expertise, la pureté, la différenciation et la discipline.
Globalement, l’ETF offre une exposition à un panier diversifié de sociétés en croissance et émergentes, plutôt qu’aux méga‑capitalisations technologiques déjà établies.
Conclusion : les deux conditions du succès thématique
L’investissement thématique peut être un puissant moteur de croissance dans un portefeuille. Mais la croissance d’un thème ne se répartit pas de manière uniforme entre tous les titres qui le composent. Les gagnants dominent, et la réussite repose donc sur deux éléments :
- Choisir des thématiques qui ont de fortes chances de compter, afin de réduire l’univers par rapport au marché et de concentrer le capital sur des moteurs structurels porteurs.
- Augmenter la probabilité de détenir les futurs gagnants au sein de ces thématiques en privilégiant des compartiments diversifiés et pure play, plutôt qu’une sélection trop concentrée de « meilleures idées ».
Un cadre multi‑thématique top‑down est précisément conçu pour cela : une exposition thématique intentionnelle, une diversification réelle entre les thèmes et une largeur suffisante au sein de chaque thème, afin de permettre aux investisseurs de capter le prochain Amazon tout en minimisant le risque potentiellement désastreux de passer à côté.
1 (Bessembinder, Do Stocks Outperform Treasury Bills?, 2018) et (Bessembinder, Chen, Choi, & Wei, 2019).