Perspectives relatives aux actions pour 2025 : comment évoluer sur un marché mondial polarisé
À retenir
- Bien que le marché américain demeure solide, les valorisations élevées et une hausse concentrée sur un nombre restreint d’actifs génèrent des risques, d’où l’importance d’adopter des stratégies diversifiées et équipondérées en 2025.
- Les petites capitalisations des marchés émergents offrent des avantages défensifs, en bénéficiant d’une exposition aux revenus nationaux, d’une corrélation plus faible avec le dollar américain et d’une surperformance historique dans les environnements politiques dirigés par Trump.
- Le Japon offre plusieurs opportunités grâce aux réformes d’entreprise et aux tendances sectorielles qui stimulent la croissance.
Après deux années de rendements exceptionnels, notamment aux États-Unis, le marché mondial s’oriente vers une période au cours de laquelle les opportunités devront être abordées avec prudence. En 2024, les actions américaines ont surperformé celles de l’Europe, du Japon et des marchés émergents (ME)1 grâce à une forte dynamique post-électorale ainsi qu’aux attentes vis-à-vis d’une administration Trump censée insuffler un renouveau économique.
Illustration 1 : Les prévisions de bénéfices demeurent solides malgré les incertitudes

Source : FactSet, MSCI, WisdomTree, au 10 janvier 2025. Les prévisions ne constituent pas un indicateur des performances futures, et tout investissement s’accompagne de risques et d’incertitudes.
Expansion des multiples de valorisation et surperformance des actions américaines
L’économie américaine reste un acteur mondial remarquable, dont la croissance du bénéfice par action (BPA) devrait atteindre 14,7 % en 20252. Une grande partie de cette croissance anticipée est néanmoins déjà prise en compte dans les évaluations du marché. La performance des États-Unis, largement portée par un segment restreint d’actions hautement performantes, a contribué à la concentration croissante de l’indice S&P 500, une tendance qui se reflète dans l’indice MSCI All Country World. Les stratégies équipondérées, qui offrent une exposition aux actions souvent négligées du groupe des « 493 oubliées », permettent d’atténuer le risque de concentration tout en identifiant des opportunités à des prix attractifs.
Selon les régions, les valorisations des actions offrent aux investisseurs des perspectives contrastées. Tandis que le marché américain semble surévalué, des zones comme les ME, l'Europe et le Japon offrent encore des valorisations relativement attractives. Bien que la diversification ait offert une protection limitée en 2024, elle devient plus que jamais essentielle en 2025 pour gérer les risques et saisir les opportunités dans toutes les zones, dans la mesure où les rendements futurs ne pourront pas reposer uniquement sur l’expansion des valorisations.
Fondamentaux : le facteur clé à long terme
La résilience des fondamentaux, à savoir la progression continue des ventes et l’expansion des marges, a soutenu les rendements des actions à long terme au cours de la dernière décennie. Les actions américaines à grande capitalisation et les actions japonaises ont notamment bénéficié de fondamentaux solides. Les grandes capitalisations américaines sont néanmoins confrontées à un plafond potentiel dans l’expansion des prix en raison de valorisations déjà élevées, tandis que les petites capitalisations américaines ont été freinées par des améliorations de marge plus faibles. De même, les actions chinoises ont accusé un retard en raison d’une performance modeste des ventes et de la croissance, ainsi que d’effets de change défavorables. D’autre part, les actions européennes ont bénéficié de rendements en dividendes plus élevés et d’une expansion des marges, bien que les incertitudes politiques aient freiné le momentum des prix.
Illustration 2 : Répartition des rendements boursiers (sur les 10 dernières années)

Source : Factset, WisdomTree, au 31 décembre 2024. Les performances historiques ne garantissent pas les performances futures, et tout investissement est susceptible de perdre de la valeur.
Résilience des petites capitalisations des marchés émergents
Bien que les politiques de Trump aient généralement soutenu les actifs américains grâce à un dollar plus fort et à des rendements en hausse, ces mêmes facteurs ont créé des vents contraires pour les exportateurs des marchés émergents. Dans un contexte de protectionnisme croissant, les actions des ME ont affiché une modeste hausse de 5 % en 20243. Les petites capitalisations ont toutefois fait preuve de résilience. En plaçant l’accent sur les revenus domestiques, ces entreprises sont moins exposées aux perturbations du commerce international et aux fluctuations des devises, ce qui les distingue nettement de leurs rivales plus grandes. Les données historiques renforcent ce point : pendant le premier mandat du président Trump (2017-2021), les petites capitalisations des ME ont dépassé les grandes capitalisations, en réalisant des gains de 54 % contre 42 %4. En outre, leur faible corrélation avec les fluctuations du dollar américain renforce leur caractère défensif, notamment grâce à des rendements de dividendes qui offrent une couverture supplémentaire dans un contexte de taux élevés.
L’indice allemand DAX : un pilier dans un contexte macroéconomique difficile
L’Allemagne est un excellent exemple de la manière dont les performances du marché peuvent être solides même lorsque les conditions macroéconomiques sont loin d’être idéales. En 2024, le DAX a surperformé l’indice de référence des actions européennes, affichant un rendement de 18,8 % contre 13,5 %5. Parmi les facteurs clés de cette performance remarquable figurent les dynamiques positives liées à l’intelligence artificielle (IA), au cloud computing et à l’électrification, ainsi qu’un environnement financier favorable. Malgré la sous-performance des valeurs cycliques de consommation, due aux difficultés du secteur automobile ainsi qu’à la faible croissance économique, la diversification des sources de revenus des entreprises allemandes (avec plus de 80 % du chiffre d’affaires réalisé à l’international) a permis d’atténuer l’impact de ces enjeux6.
Depuis le début de l’année 2025, la sous-évaluation des risques tarifaires confère aux exportateurs européens un avantage distinctif sur les marchés nationaux. En n’intégrant pas pleinement dans les prix l’impact potentiel des droits de douane américains sur les marchandises européennes, les exportateurs européens ont conservé des prix compétitifs et gagné des parts de marché. La sous-performance de l’euro par rapport au dollar rend les marchandises européennes plus compétitives à l’exportation. Cette sous-évaluation constitue un facteur essentiel à l’appui des performances exceptionnelles de nombreux secteurs axés sur l’exportation, dans la mesure où elle contribue à compenser les pressions sur les coûts, ainsi qu’à stimuler la croissance des revenus. Les exportateurs ont su tirer parti de cet avantage tarifaire, offrant un soutien important à la performance des actions européennes pour 2025.
Valorisation des actions japonaises grâce aux réformes d’entreprise
En 2024, les actions japonaises ont connu l’une de leurs meilleures années depuis 1989, grâce à une solide croissance des bénéfices ainsi qu’à la poursuite de réformes en matière de gouvernance d’entreprise. Malgré la volatilité, la reprise généralisée du Japon a été soutenue par l’amélioration des fondamentaux et un changement structurel consistant à tourner la page de l’industrialisation pour passer à une économie axée sur les services. Plusieurs réformes ont encouragé les progrès, notamment l’initiative de la Bourse de Tokyo relative aux entreprises présentant un ratio cours/valeur comptable inférieur à 1x. Or, 44 % des entreprises du Prime Market de la TSE présentent un ratio P/B7 inférieur à 1x, ce qui laisse une marge de progression notable en matière de gouvernance8.
Le secteur du tourisme a enregistré des performances remarquables, grâce à une hausse marquée du nombre de visiteurs étrangers et de leurs dépenses, qui a considérablement stimulé l’économie. Sur le front de l’emploi, les négociations salariales, qui ont atteint un niveau record, indiquent des améliorations potentielles des salaires nominaux, bien que les revenus réels n’aient pas encore totalement retrouvé leurs niveaux d’avant la pandémie. Alors que la Banque du Japon adopte une approche prudente en matière de relèvement des taux, ne prévoyant que de modestes augmentations en 2025, les investisseurs sont susceptibles de privilégier les actions axées sur la valeur qui peuvent bénéficier d’un yen stable et de rachats d’actions.
Conclusion : une perspective prudemment optimiste
Le paysage mondial des actions en 2025 se caractérise par des disparités régionales prononcées et une interaction en constante évolution entre les fondamentaux économiques et les risques politiques. Alors que le marché américain continue de générer une forte croissance des bénéfices, sa nature concentrée et ses valorisations élevées présentent de nouveaux risques. En revanche, les marchés émergents, notamment les petites capitalisations résilientes et les régions sous-évaluées comme l’Europe et le Japon offrent des opportunités attrayantes de diversification. Il est conseillé aux investisseurs d’adopter une approche équilibrée, qui combine expositions à la croissance et expositions défensives, tout en restant vigilants face aux incertitudes géopolitiques et aux défis budgétaires, notamment dans un climat marqué par les politiques protectionnistes de Trump.
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1Bloomberg, au 31 décembre 2024.
2FactSet, MSCI, WisdomTree, au 10 janvier 2025.
3Bloomberg, au 31 décembre 2024.
4Bloomberg, du 2 janvier 2017 au 30 décembre 2021.
5Bloomberg, au 31 décembre 2024.
6Deutsche Industrie – und Handelskammer.
7P/B : Price-to-book (cours/valeur comptable).
8Bloomberg, WisdomTree, au 31 décembre 2024.