Perspectives relatives aux matières premières : trouver des antivenins en cette année du serpent
À retenir
- En cette année du serpent, nous sommes à la recherche d’antivenins pour contrer les menaces que représentent les guerres commerciales, un dollar américain fort et une Chine qui pourrait ne pas pouvoir, ou ne pas vouloir, surmonter ses faiblesses économiques.
- Nous avons identifié plusieurs opportunités prometteuses dans les secteurs de l’or, de l’argent, de l’aluminium, du cuivre, du zinc et du gaz naturel européen. En effet, chacun de ces secteurs possède des atouts solides qui devraient lui permettre de résister à des perturbations plus larges sur le marché des matières premières.
- Au fur et à mesure que les politiques se préciseront, nous pourrions réaliser que nos craintes étaient infondées, ce qui permettrait une reprise du secteur des matières premières dans son ensemble. En attendant, nous faisons confiance à ces antivenins.
Selon le calendrier chinois, l’année du serpent a débuté il y a environ un mois. Placée sous le signe du dragon (du 10 février 2024 au 28 janvier 2025), l’année précédente a insufflé un élan considérable à cette catégorie d’actifs, grâce à une augmentation de 10 % des matières premières diversifiées, de 36 % des métaux précieux, de 12 % des métaux industriels, ainsi qu’à un rebond tardif de l’énergie et de l’agriculture (près de 2 % chacun)1. L’année du serpent présente toutefois plusieurs défis majeurs pour les matières premières sur le plan macroéconomique. Le retour du protectionnisme aux États-Unis, instauré sous la nouvelle administration Trump, est susceptible d’affaiblir le commerce mondial. En outre, la hausse des rendements obligataires et la vigueur du dollar américain constituent des facteurs défavorables pour le marché des matières premières. La réticence de la Chine à stimuler la croissance entrave également cette catégorie d’actifs.
Malgré ces vents contraires, nous avons identifié plusieurs facteurs microéconomiques susceptibles de soutenir certaines matières premières, que nous qualifions ici d’« antivenins ». Nous restons optimistes quant aux perspectives des métaux précieux, de l’aluminium et du gaz naturel européen. Par ailleurs, certains des défis macroéconomiques identifiés pourraient en fin de compte s’avérer moins graves qu’initialement prévu, ouvrant la voie à des opportunités de hausse pour les matières premières actuellement sous pression baissière.
Un dollar américain fort
L’appréciation du dollar américain, que l’on observe depuis quelque temps, est généralement corrélée avec la baisse des prix des matières premières. Bien que cette corrélation n’ait pas toujours été observée dans l’ère post-COVID-19, le renforcement du dollar pourrait à nouveau exercer une pression sur les matières premières. Selon les données historiques, un dollar fort est souvent associé à une baisse des prix des matières premières.
Illustration 1 : Matières premières et dollar américain

Source : WisdomTree, Bloomberg, de 2001 à 2024. Les matières premières sont représentées par l’indice Bloomberg Commodity Index Total Return. Les performances historiques ne garantissent pas les performances futures, et tout investissement est susceptible de perdre de la valeur.
Les politiques commerciales de Trump et leur impact sur le marché
Le retour de Donald Trump à la présidence crée de l’incertitude sur les marchés des échanges commerciaux et des matières premières. Sa première présidence a été marquée par une guerre commerciale avec la Chine et plusieurs autres pays, qui a exercé un impact négatif sur ces deux éléments. Bien que les menaces tarifaires soient souvent utilisées comme tactiques de négociation, la possibilité qu’elles soient réellement appliquées ne peut être écartée. Depuis le début de son deuxième mandat, plusieurs augmentations des tarifs douaniers ont été annoncées puis reportées ; au moment de la rédaction de cet article, nous n’avons toujours pas de véritable indication quant à leur mise en œuvre ni à leur calendrier. Cette incertitude pèse d’ores et déjà sur le sentiment du marché et fait augmenter les taux d’intérêt à long terme, ce qui exerce une pression supplémentaire sur les matières premières.
Illustration 2 : Volume d’exportation et performance des prix des matières premières

Source : WisdomTree, Bloomberg. Les matières premières sont représentées par l’indice Bloomberg Commodity Index Total Return. Les performances historiques ne garantissent pas les performances futures, et tout investissement est susceptible de perdre de la valeur.
Inquiétudes économiques et inflationnistes
L’augmentation des droits de douane est susceptible d’accentuer l’inflation aux États-Unis, tout en réduisant les prix mondiaux des matières premières en raison d’une demande plus faible. Cette dynamique pourrait compliquer les efforts de la Réserve fédérale (Fed) visant à maîtriser l’inflation, entraînant un maintien prolongé des taux d’intérêt à un niveau élevé.
Un changement de cap en matière de politique climatique
Trump a promis de se retirer de l’Accord de Paris sur le climat et a déclaré l’« état d’urgence énergétique ». Il a ainsi révoqué les réglementations climatiques et encouragé la production de combustibles fossiles. Son administration devrait annuler un programme du Département de l’énergie, qui prévoyait d’allouer 6 milliards de dollars pour réduire les émissions industrielles, et abroger les mesures incitatives pour l’achat de véhicules électriques. Ces changements risquent de freiner la demande de matériaux essentiels utilisés dans les technologies propres, tels que les métaux de base.
Dans le même temps, la déréglementation des activités pétrolières, gazières et minières pourrait accroître l’offre de matières premières stratégiques, telles que le cuivre, l’aluminium, le nickel et le cobalt. Plusieurs grands projets, tels que la mine de cuivre de Rio Tinto en Arizona, pourraient enfin voir le jour après des années de retard. Bien que les augmentations immédiates de la production soient peu probables en 2025, une croissance de l’offre à long terme est possible.
Les risques géopolitiques et les marchés énergétiques
Le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, négocié quelques jours avant l’investiture de Trump, a permis d’atténuer certains risques géopolitiques, bien que sa stabilité reste incertaine. À l’heure où nous rédigeons ces lignes, les États-Unis négocient un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine. Les prix du pétrole pourraient augmenter à court terme si les sanctions étaient durcies pour inciter les acteurs à négocier, mais une baisse des prix du pétrole et du gaz pourrait se produire une fois l’accord conclu.
Bien que les États-Unis exercent des pressions pour que l’Europe augmente ses achats de gaz naturel américain, les exportations russes de GNL vers l’UE demeurent significatives. Une résolution du conflit entre la Russie et l’Ukraine pourrait affaiblir le poids des États-Unis dans les négociations énergétiques et rendre l’Europe moins dépendante du gaz américain.
L’application plus stricte de sanctions sur le pétrole iranien sous Trump est susceptible d’entraîner une hausse des prix du pétrole. Les membres de l’OPEP2 pourraient néanmoins intervenir en augmentant l’offre, compensant ainsi la hausse des prix.
La stratégie économique de la Chine et la demande de matières premières
Bien que la Chine demeure le plus grand consommateur mondial de matières premières, sa récente fragilité économique a limité la croissance de la demande. Contrairement aux cycles économiques précédents au cours desquels la Chine a lancé de vastes mesures de relance, son approche actuelle se concentre sur des interventions plus modestes et plus ciblées. Bien que le gouvernement soit parvenu à stabiliser le secteur immobilier, il se montre prudent face à une éventuelle relance excessive, compte tenu des préoccupations concernant la dette.
La Chine investit massivement dans les technologies propres et les infrastructures d’énergie renouvelable, ce qui soutient les prix des métaux malgré une demande faible sur le marché immobilier. Les droits de douane américains imposés à la Chine pourraient accélérer sa marche vers l’indépendance énergétique, en favorisant l’adoption au niveau national de technologies liées à l’énergie solaire, aux batteries et aux véhicules électriques.
Les tensions commerciales risquent de conduire à des mesures de représailles, telles que des restrictions chinoises sur les exportations de matériaux critiques, comme le gallium, le germanium et le graphite, en réponse aux différends liés aux semi-conducteurs. D’autres restrictions pourraient avoir un impact sur les chaînes d’approvisionnement mondiales en matériaux liés à la transition énergétique.
La dépréciation du yuan complique la mise en œuvre des politiques économiques. La Banque populaire de Chine est intervenue pour stabiliser la devise, limitant ainsi sa capacité à réduire les taux d’intérêt. Alors qu’un changement de politique visant à stimuler la croissance a permis au marché de réaliser des gains à court terme en 2024, les nouvelles mesures sont freinées par la pression exercée sur la monnaie.
Illustration 3 : Indice Li Keqiang et prix des matières premières

Source : WisdomTree, Bloomberg. De janvier 2005 à décembre 2024. Indice Li Keqiang : encours des prêts bancaires (40 %), production d’électricité (40 %), volume de fret ferroviaire (20 %). Les matières premières sont représentées par l’indice Bloomberg Commodity Index Total Return. Les performances historiques ne garantissent pas les performances futures, et tout investissement est susceptible de perdre de la valeur.
Les antivenins de WisdomTree
Conclusion
En cette année du serpent, nous sommes à la recherche d’antivenins pour contrer les menaces que représentent les guerres commerciales, un dollar américain fort et une Chine qui pourrait ne pas pouvoir, ou ne pas vouloir, surmonter ses faiblesses économiques.
Nous avons identifié plusieurs opportunités prometteuses dans les secteurs de l’or, de l’argent, de l’aluminium, du cuivre, du zinc et du gaz naturel européen. En effet, chacun de ces secteurs possède des atouts solides qui devraient lui permettre de résister à des perturbations plus larges sur le marché des matières premières.
Au fur et à mesure que les politiques se préciseront, nous pourrions réaliser que nos craintes étaient infondées, ce qui permettrait une reprise du secteur des matières premières dans son ensemble. En attendant, nous faisons confiance à ces antivenins.
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1 Source : Bloomberg, du 10 février 2024 au 28 janvier 2025, sur la base des indices Bloomberg Total Return.
2 Organisation des pays exportateurs de pétrole.
