Le café arabica broie du noir
À retenir
- La flambée des prix de l’arabica s’explique par des conditions météorologiques extrêmes, la spéculation sur les marchés et la diminution de l’offre mondiale.
- Les tendances climatiques et les cycles de culture laissent présager de nouvelles pressions sur l’offre, ce qui maintient la volatilité des prix.
- Bien que les changements de réglementation et la constitution de stocks renforcent les tensions à court terme, une correction des prix est possible en 2025.
Les prix du café arabica ont connu une volatilité sans précédent, les contrats à terme ayant dépassé 4,30 dollars la livre le 10 février, ce qui marque le 13e record consécutif1. Cette flambée des prix reflète l’impact combiné des aléas climatiques, des opérations spéculatives et des cycles propres à l’agriculture.
Opérations spéculatives et volatilité du marché
La récente envolée des prix est fortement liée aux opérations spéculatives. Les nouvelles exigences de marge de l’Intercontinental Exchange (ICE) ont conduit les traders à liquider leurs positions courtes, intensifiant ainsi la pression haussière sur les prix. L’ICE a augmenté les marges de 10 % pour atteindre 10 410 dollars par contrat d’arabica, soit près de deux fois plus qu’il y a un an, exigeant un paiement initial quotidien d’environ 62 000 dollars pour négocier 100 tonnes métriques d’arabica2. Cette pression financière a incité certains traders à quitter le marché, ce qui a encore réduit la liquidité et amplifié les fluctuations de prix. Au cours de l’année écoulée, les positions courtes ont diminué de 64 %, tandis que les positions longues n’ont augmenté que de 1 %3. Le positionnement spéculatif net se situe actuellement à plus d’un écart-type au-dessus de la moyenne sur 5 ans, comme l’indique le tableau ci-dessous.
Illustration 1 : Positionnement spéculatif net des contrats à terme sur le café arabica

Source : Commodity Futures Trading Commission, Bloomberg, WisdomTree, au 4 février 2025. Les performances historiques ne garantissent pas les performances futures, et tout investissement est susceptible de perdre de la valeur.
Situation de sécheresse au Brésil
Le Brésil, premier producteur mondial d’arabica, est confronté à une sécheresse prolongée depuis avril 2024. Ces conditions météorologiques défavorables ont eu un impact significatif sur les caféiers pendant leur phase critique de floraison, ce qui fait craindre une baisse des rendements pour la récolte 2025/26. Le stress induit par la sécheresse sur les plants de café a joué un rôle majeur dans l’escalade des prix.
Selon les dernières estimations du département américain de l’Agriculture (USDA), la production totale de café du Brésil pour 2024/25 devrait s’élever à 66,4 millions de sacs4. En 2024, les exportations de café du Brésil ont atteint un niveau record, le pays ayant renforcé sa présence sur le marché mondial pour compenser la baisse de production d’autres grands producteurs, comme le Vietnam et l’Indonésie. Selon l’USDA, les stocks de fin d’année pour 2024/25 devraient s’élever à 1,24 million de sacs, soit une baisse de 26,4 % par rapport à 2023/245. Pour 2025, le ratio stocks/consommation du marché mondial du café s’élève à environ 12,42 %, ce qui indique une offre restreinte6.
Illustration 2 : Le ratio stocks/consommation du marché du café indique une offre restreinte

Source : Département américain de l’Agriculture, WisdomTree, au 31 décembre 2024. Les performances historiques ne garantissent pas les performances futures, et tout investissement est susceptible de perdre de la valeur.
Cycle de production biennal
Les plants de café arabica présentent un cycle de production biennal, caractérisé par une alternance d’années à rendements élevés et d’années à rendements faibles. La saison 2024/25 a été une « année faste », typiquement associée à des rendements plus importants. La production escomptée n’a toutefois pas pu être atteinte en raison de la sécheresse persistante. La saison 2025/26 est une « année creuse », qui génère traditionnellement une production plus faible. Associé aux défis climatiques actuels, ce ralentissement cyclique devrait exacerber les contraintes d’approvisionnement, ce qui influencera encore davantage la trajectoire des prix.
Phénomène La Niña
L’épisode La Niña, caractérisé par des températures de surface de la mer inférieures à la moyenne dans le centre et le centre est de l’océan Pacifique, est en cours depuis janvier 2025. La Niña a tendance à influencer les conditions météorologiques mondiales, entraînant souvent des périodes de sécheresse en Amérique du Sud. La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) évalue à 66 % la probabilité que l’épisode La Niña perdure jusqu’en février-avril 2025, avant de céder la place à des conditions neutres d’ici mars-mai 20257. Le phénomène pourrait entraîner une baisse des températures et des gelées dans le sud-est du Brésil, des pluies intenses en Indonésie et en Colombie, ainsi que des risques accrus de tempêtes tropicales et d’ouragans en Amérique centrale. Dans le sud-est du Brésil, la baisse des températures et les risques accrus de gel menacent les cultures de café. L’Indonésie pourrait subir des retards ou des interruptions de récolte en raison de pluies plus intenses, notamment à Sumatra. Le phénomène provoque également des températures anormalement basses au Vietnam, mais l’impact sur les rendements reste difficile à évaluer. En Colombie et au Guatemala, des précipitations plus intenses pourraient endommager les cacaoyers ou accroître leur vulnérabilité aux maladies.
Impact réglementaire
Le Règlement de l’Union européenne contre la déforestation et la dégradation des forêts (EUDR) vise à limiter les importations de produits liés à la déforestation, y compris le café. Initialement prévue pour la fin de l’année 2024, la mise en œuvre du Règlement a été reportée d’un an, soit à décembre 2025. Ce report offre aux producteurs un délai supplémentaire pour se conformer aux exigences rigoureuses en matière de traçabilité. Malgré ce report, le futur Règlement influence d’ores et déjà la dynamique du marché, les importateurs européens intensifiant leurs achats pour constituer des stocks avant la date limite de conformité. Ces achats préventifs ont contribué au resserrement de l’offre mondiale ainsi qu’à la flambée des prix.
Perspectives de marché
Bien que les prix actuels témoignent des inquiétudes immédiates concernant l’approvisionnement, les analystes du marché anticipent un éventuel assouplissement à plus long terme. Un sondage Reuters suggère que les prix du café arabica pourraient baisser d’environ 30 % d’ici la fin de l’année 2025, sous réserve d’une amélioration des conditions météorologiques et d’une reprise de la production qui en résulterait8. Cette projection repose toutefois sur l’hypothèse d’une évolution météorologique favorable et sur l’absence de perturbations imprévues. En résumé, le marché du café arabica traverse une période de volatilité significative, alimentée par des aléas climatiques, des opérations spéculatives et des cycles propres à l’agriculture.
1 Bloomberg, au 19 février 2025.
2 Reuters, au 12 février 2025.
3 Commodity Futures Trading Commission, du 6 février 2024 au 4 février 2025.
4 Département américain de l’Agriculture, 19 novembre 2024.
5 Ibid.
6 Département américain de l’Agriculture, décembre 2024. Le ratio stocks/consommation est un indicateur clé dans l’industrie du café, qui mesure la part des stocks de fin d’année par rapport à la consommation totale.
7 National Oceania and Atmospheric Administration, au 13 février 2025.
8 Sondage Reuters, au 13 février 2025.
